La fermeture du tunnel Stéphanie et la rénovation des tunnels bruxellois

La fermeture du tunnel Stéphanie et la question de la rénovation des tunnels bruxellois est au coeur du débat bruxellois.

De nombreuses questions sont posées. Les Bruxellois, automobilistes, commerçants ou autres, veulent des réponses, des solutions.

Au Parlement à exiger la transparence, à établir les responsabilités dans la gestion de ce dossier via la mise en place d’une commission spéciale.

Au gouvernement à prendre rapidement des mesures pour fluidifier la circulation et rouvrir le tunnel.

Au-delà de ça, se posent les questions du financement et de la vision que l’on veut de la mobilité pour notre Région.

Interpellation de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois DéFI, à M. Pascal SMET, Ministre, chargé des Travaux publics, de la Mobilité et des Transports.

Concerne : La rénovation des tunnels bruxellois

Entre le dépôt de nos interpellations et aujourd’hui, nous sommes passés d’une fermeture de quelques jours du tunnel Stéphanie à, comme annoncé vendredi dernier, une fermeture pour minimum un an. Depuis, chaque jour, et le Gouvernement, et les Bruxellois, redoutent une mauvaise surprise, une nouvelle tuile.

-  Qu’est-ce qui fait que, aujourd’hui, malgré les moyens engagés chaque année au budget régional, on se retrouve face à ces problèmes ? A quoi sont dus ces problèmes ?
-  Quel est l’état réel de la situation ? Quel sera le prochain tunnel à devoir être fermé ?
-  Le problème de stabilité du tunnel met-il en péril la circulation des trams en surface ?
-  Quelles sont les mesures à prendre ? Quand va-t-on les prendre ?
-  Quand le tunnel va rouvrir ? Quand va-t-on enfin fluidifier la circulation et comment ?
-  Comment les clients vont-ils arriver jusqu’aux magasins ?
-  A qui la faute ? Le gouvernement actuel ? Un ministre en particulier ? L’administration ? Les ingénieurs qui ont géré les multiples ouvrages souterrains ?

Ce qui est certain, c’est que de nombreuses réponses sont attendues, que les automobilistes, les commerçants et les établissements Horeca, les Bruxellois de manière générale perdent patience et attendent une information claire de la part du Gouvernement.

Ce qui est essentiel aujourd’hui, c’est que le politique fasse toute la transparence sur ce dossier. Le citoyen en a besoin.

Des rapports d’expert sont parvenus au Gouvernement et vous auront sans doute permis de prendre l’une ou l’autre décision. J’espère que nous aurons l’occasion de vous entendre sur le sujet lors de votre réponse.

Et en complément de cette réponse, il sera aussi nécessaire, dans ce souci de transparence, que les différents rapports relatifs à l’état des tunnels soient communiqués au Parlement.

Dans ce dossier, il faudra, c’est important, établir les responsabilités politiques et administratives qui ont conduit à cet état désastreux.

Il faudra vérifier si les ministres successifs de la mobilité étaient avertis par leur administration de l’état de dégradation des tunnels et, dans l’affirmative, les suites qu’ils y ont réservées.

  • L’administrateur-délégué de BECI a évoqué un rapport sur les tunnels de 1997.
  • En cherchant dans les archives de nos questions parlementaires, j’ai pu lire, au travers de plusieurs questions posées autour de 2009-2011, qu’une estimation avait été réalisée par Bruxelles Mobilité pour la modernisation de tous les tunnels de la Région bruxelloise et que celle-ci était alors estimée à quelques 400 millions d’euros. Il sera par exemple intéressant de savoir quelles sont les suites qui ont été données à ces informations.
  • La presse a révélé hier soir l’existence d’un « Masterplan pour la mise en sécurité et la rénovation des tunnels gérés par la Région bruxelloise », Masterplan datant de 2013 et qui n’aurait pas atterri sur la table du Gouvernement de l’époque. Un élément neuf qui met le focus sur une période, une ministre. Il faudra faire la transparence là-dessus, tout comme il faudra aussi analyser ce qui a été fait ou pas fait, avant et après.

Pour ce faire, le groupe DéFI a plaidé et plaide toujours pour la mise en place d’une commission spéciale et pas une commission d’enquête comme le souhaiteraient certains. Et nous saluons la proposition faite ce matin par le Président du Parlement.

Nous plaidons pour l’installation rapide de cette commission spéciale, commission dotée de missions précises pour faire sereinement la lumière sur cette question.

Et les questions devront porter sur la gestion du dossier depuis l’installation de la Région bruxelloise, voir avant. Et j’espère que la proposition de commission d’enquête du MR ne s’arrête pas à ces 10 dernières années, comme il l’a annoncé il y a quelques jours dans la presse. Faire une commission d’enquête sur mesure, ce serait trop facile. Tout le monde doit accepter de pouvoir faire face à ses responsabilités.

Mais, au-delà du débat sur les responsabilités, le gouvernement bruxellois doit et trouver des solutions rapides pour le tunnel Stéphanie et les autres tunnels bruxellois, et se saisir de cette opportunité pour repenser fondamentalement la mobilité à Bruxelles.

Ceux qui s’obstinent à regarder vers l’arrière et courir après les responsabilités ou les démissions, c’est sans doute ceux qui ne portent pas beaucoup d’intérêt à Bruxelles.

Cette fermeture cause des embarras de circulation importants, des bouchons autour de la place Louise, mais aussi notamment du côté de la place Stéphanie et la place Poelaert. Ceux qui en pâtissent sont et les automobilistes, et les transports publics en surface, et bien sûr les commerçants et établissements Horeca.

L’urgence va donc à des décisions rapides pour fluidifier le trafic. Nous apprenions hier que la STIB, la police et les communes concernées ont décidé de fermer les traversées de trams au niveau du rond-point Louise. Il sera utile d’en analyser l’impact ces prochains jours.

Afin de démultiplier les alternatives pour les automobilistes, des itinéraires de déviation (via des parcours non encore saturés) doivent être marqués bien en amont et – sans remettre en cause le principe du piétonnier – il nous paraît néanmoins juste, au vu des circonstances, qu’une discussion puisse se faire sur une réouverture du piétonnier sur les boulevards du centre.

Plus généralement, sur l’avenir des tunnels, nous estimons que, dans l’état actuel de la situation, nous ne pouvons pas nous en passer. Pourquoi ? Parce qu’on fait face à une absence d’un réseau de transports publics suffisamment étoffé pour offrir une alternative crédible pour de nombreux automobilistes.

Néanmoins, nous nous devons de saisir l’opportunité de ces incidents pour repenser fondamentalement la mobilité à Bruxelles. Nous avons perdu trop de temps. Les responsables politiques doivent faire preuve de plus de détermination et d’audace dans le dossier de la mobilité à Bruxelles et dans sa périphérie.

Nous devons mettre en place les conditions pour que chacun puisse faire un vrai choix entre le transport public et sa voiture.

Le temps où l’aménagement de l’espace public à Bruxelles était conçu en fonction de la seule obsession de faciliter les entrées et sorties de la Région bruxelloise doit être révolu.

Au contraire, l’aménagement de l’espace public doit d’abord contribuer à la qualité de vie des habitants de la Région. C’est en cela que le gouvernement bruxellois a été courageux en décidant le démontage du viaduc Reyers.

Lorsque l’on sait que, chaque jour, 370.000 navetteurs entrent à Bruxelles – sans contribuer aux charges liées aux infrastructures qu’ils traversent –, que nombre d’entre eux emprunte ces tunnels, que les embouteillages en direction du centre-ville sont importants, on peut conclure que la problématique des tunnels n’est pas qu’un problème bruxellois et qu’on ne peut pas échapper aujourd’hui à un débat plus large sur la mobilité.

Dans les capitales dont la mobilité est gérée de manière efficace, c’est le transport public, et plus particulièrement le train, qui doit permettre l’accès aisé au centre-ville pour les personnes venant de l’extérieur.

À la Région bruxelloise d’assumer le réaménagement de ses voiries structurantes pour favoriser la cohabitation de différents modes de transport.

Au Fédéral de financer massivement le développement du transport par train, dont le RER, en offrant un service de qualité, ponctuel et régulier.

Pour DéFI, le gouvernement fédéral ne peut, faute de budget, envisager d’abandonner le projet du RER sur les lignes 124 et 161, qui doivent relier Bruxelles à Nivelles et Ottignies-Louvain-la-Neuve. Le programme doit être poursuivi et exécuté sans tarder.

On ne peut accepter une SNCB à deux vitesses en Belgique. Peut-être s’agit-il là d’une stratégie du gouvernement NVA-MR qui programme, à brève échéance, le démembrement de la SNCB et la privatisation progressive d’un service public au détriment des plus faibles. Si ce n’est pas l’intention, un sérieux revirement s’impose. S’il ne vient pas, on aura compris.

Outre les investissements à réaliser par Bruxelles et par le Fédéral, doivent aussi s’ajouter ceux des deux autres Régions, et plus particulièrement la Flandre qui est notre voisine directe, investissements en faveur de parkings de dissuasion aux abords des gares RER.

Malheureusement, si notre Déclaration de politique régionale défend la création « d’au moins 20.000 places de parking de dissuasion à l’extérieur du Ring à rendre accessibles en transport en commun », l’on sait que, dans le cadre des groupes de travail constitués notamment autour de l’élargissement du ring et Brabantnet, la Flandre refuse d’en parler.

Les retards et désinvestissements dans le RER et la quasi absence de concertation avec la Flandre démontrent aujourd’hui un manque de considération flagrant de ces entités pour Bruxelles. Et si nous nous trompons sur toute la ligne, que les instances concernées échangent leurs belles déclarations contre des avancées bien concrètes.

J’en viens maintenant à la question du financement.

Selon les évaluations, le montant de la rénovation des tunnels bruxellois oscillerait entre 500 millions et 1 milliard d’euros.

Le Gouvernement bruxellois a annoncé en début de semaine qu’il ne demanderait pas d’argent aux deux autres régions. Régions qui ont d’ailleurs annoncé qu’elles ne donneraient rien alors même qu’il leur soit demandé quoi que ce soit.

Quant au Fédéral, le Vice-Premier en charge de Beliris a annoncé en résumé que Beliris serait pour le métro, que le Fédéral financerait le RER et que les tunnels seraient à charge de Bruxelles.

Même si l’urgence aujourd’hui est à la recherche d’une solution pour garantir le fonctionnement des tunnels, la question du modèle financier à défendre pour financer les dépenses devra inévitablement se poser.

Au vu des finances régionales, de la structure du budget, des normes européennes, même si ce n’est pas notre premier choix, une discussion sur une contribution financière de l’usager, sur l’une ou l’autre forme de péage nous semble aujourd’hui incontournable.

Serait-ce en effet équitable que Bruxelles finance seule, exclusivement sur le portefeuille des Bruxellois, des ouvrages qui bénéficient et aux Bruxellois, et aux navetteurs ?

Si forme de péage il devait y avoir, nous plaidons pour que ce soit neutre pour les Bruxellois (par exemple via une réforme de la taxe de circulation ou encore la mise en place d’une tarification intelligente telle que défendue dans notre programme).

Monsieur le Ministre, je conclurai mon interpellation par plusieurs questions :

  • Avez-vous reçu les résultats des études demandées portant sur le tunnel Stéphanie et sur les autres tunnels ? Si oui, pourriez-vous nous faire part des conclusions de ces analyses ?
  • Pourra-t-on rouvrir le tunnel Stéphanie moyennant certains aménagements ? Si oui, dans quel délai ?
  • Toujours dans ce souci de transparence, pourriez-vous transmettre au Parlement les études commandées ?
  • Quelles sont les mesures qui ont été prises pour fluidifier le trafic automobile ? Je suppose que des contacts ont été pris avec les communes concernées pour réguler la circulation. Est-ce qu’une réouverture du piétonnier est envisagée et a été discutée avec la Ville de Bruxelles ?
  • Plus largement, quelles sont les mesures d’accompagnement qui sont prévues pour réduire au maximum l’impact négatif de cette fermeture de tunnel sur les automobilistes, les transports publics et les commerçants ?
  • Le vice-premier est revenu cette semaine sur le financement RER : y a-t-il du neuf par rapport à ce qui est sur les rails ? Des moyens supplémentaires sont-ils été mobilisés ?
  • Pour ce qui est du financement de la rénovation des tunnels, quelles sont les pistes envisagées ? Fonds propres ? Beliris ? Tunnels payants ? Partenariat public privé ?
  • Enfin, quant au Masterplan révélé hier soir dans la presse : En avez-vous eu connaissance ? Qu’est-ce qui explique qu’il n’apparaisse que si tard ? Pourriez-vous nous en dire davantage sur le sujet ? Pourriez-vous, comme les dernières études que vous avez commandées, le transmettre au Parlement ?

Au vu de la situation, si le Gouvernement doit trouver des solutions, il est impératif que le Parlement se penche sur l’historique du dossier et fasse la lumière sur les responsabilités.

En conclusion, ce qui nous importe aujourd’hui, à côté des responsabilités des uns ou des autres, c’est d’objectiver au plus vite la situation, y voir clair, être transparent et prendre rapidement les mesures qui s’imposent pour fluidifier la mobilité, préserver notre économie et notre Région.

Marc LOEWENSTEIN

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