L’accessibilité des transports publics aux personnes à mobilité réduite

Voilà un an, j’ai interpellé le gouvernement suite à un rapport du CAWaB et d’UNIA sur l’accessibilité des transports publics aux PMR.

Le 23 mai dernier, j’ai accompagné des personnes déficientes intellectuelles sur le réseau de la STIB. Je les ai suivies dans le métro, le tram et le bus.

Aux problèmes d’accessibilité physique des uns, s’ajoute celui de la désorientation des autres. Et c’est d’autant plus interpellant lorsque l’on sait que l’analphabétisme touche environ 10% de la population adulte à Bruxelles.

A côté des gros travaux d’infrastructures nécessaires, il y a des améliorations qui peuvent être rapidement réalisées en termes d’information, de communication et de signalétique.

Interpellation de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois DéFI, à M. Pascal SMET, Ministre, chargé des Travaux publics, de la Mobilité et des Transports.

Concerne : L’accessibilité des infrastructures et des équipements de la STIB aux personnes à mobilité réduite

Le gouvernement bruxellois a adopté, en juillet 2015, le Handiplan, lequel a pour dessein d’intégrer la dimension du handicap dans toutes les décisions et politiques menées en Région bruxelloise, et la mobilité représente une composante essentielle de ce plan.

Comme je le plaidais il y a un an dans mon interpellation du 9 mars 2015, les transports en commun bruxellois doivent répondre à des critères d’accessibilité pour tous.

UNIA et le CAWaB (collectif accessibilité Wallonie-Bruxelles) avaient publié un rapport concernant l’accessibilité des infrastructures et des équipements de la STIB aux personnes en situation de handicap.

Ce rapport dressait un bilan consternant à propos de l’ensemble du réseau, qu’il s’agisse de l’accès au métro, tram, bus et taxibus, ou celui de l’information et de la communication. Il dressait égale-ment une liste de recommandations.

La nécessité de répondre aux « petites » difficultés pratiques dont souffrent les personnes handicapées dans leur quotidien est plus que jamais à l’ordre de jour et nous devons les résoudre.

Lors de notre dernier débat sur le sujet, nous nous étions penchés sur les recommandations du CAWaB sur l’accessibilité des infrastructures et des équipements de la STIB aux personnes à mobilité réduite.

Pour rappel, je m’étais interrogé sur de nombreux points dont j’aimerais aujourd’hui, un an après, connaitre le suivi qui y a été réservé. Ainsi, pourriez-vous nous informer des avancées relatives :

  • à la consultation systématisée des personnes handicapées et des associations expertes en accessibilité permettant de conformer les nouveaux investissements aux personnes en situation de handicap, ainsi que la réalisation d’un état des lieux, absent jusqu’alors ;
  • aux solutions qui ont été apportées en vue de résorber les obstacles que constituent les lacunes horizontales et verticales entre le quai et la rame ;
  • au service d’assistance humaine accessible au niveau du métro mais dont la ligne téléphonique pour en solliciter était surtaxée ;
  • à l’accès aux trams T3000 et T4000 par les rampes automatiques dont la disposition était inadéquate et l’utilisation impossible, sans parler de certaines constructions qui étaient tout à fait inadaptées : arrêts Eurocontrol et Bienfaiteurs par exemple ;
  • aux améliorations concernant le service porte-à-porte Taxibus : système de réservation sur internet pour les personnes ayant un déficit auditif, la gestion raisonnable des regroupements de passagers pour éluder l’allongement des trajets, l’ouverture du service les dimanches et jours fériés, la révision des conditions d’accès au service, etc. ;
  • aux informations utiles aux personnes handicapées : actualisation sur le site internet, relais des informations d’urgence par écrit pour les personnes présentant une déficience auditive, le positionnement de la signalétique, la formation et la sensibilisation du personnel des Bootik, etc. ;
  • au projet Accessibus : l’année dernière sur les 7 lignes prévues, 5 étaient fonctionnelles. Quid aujourd’hui ?

En complément à ces questions, vous avez été sollicité il y a tout juste un mois par l’association « Passe le message à ton voisin » suite à une expérience vécue, le lundi de l’Ascension, à la station de métro Schuman et retransmise dans le JT de la RTBF, expérience démontrant un manque criant d’information quant à l’accessibilité des ascenseurs des stations de métro.

De notre côté, lors de la mise en situation du 23 mai dernier organisée par le CAWaB et la STIB, nous avons eu l’occasion de nous confronter, en compagnie de personnes à mobilité réduite, à leur réalité quotidienne. Et les points que je viens d’évoquer, nous avons eu l’occasion de les constater par nous-mêmes.

Chaque participant à cette mise en situation a pu vivre une expérience démontrant de manière claire les difficultés d’accessibilité aux transports publics.

Si les points que j’ai abordés concernent bien souvent des problèmes d’accessibilité physiques pour les personnes handicapées moteurs (personnes en fauteuil roulant, personnes âgées ou encore personnes malvoyantes), j’aimerais aborder ici plus particulièrement l’expérience que j’ai eu l’occasion de vivre en compagnie de Vanessa et Michel qui souffrent quant à eux d’une déficience intellectuelle.

Notre itinéraire et tous les blocages auxquels nous avons été confrontés m’ont fait prendre conscience de l’ampleur des problèmes auxquels sont confrontées les personnes déficientes intellectuelles, à savoir celles qui souffrent d’un retard mental, mais aussi celles qui ne savant pas lire.

Aux problèmes d’accessibilité physique des uns, s’ajoute celui de la désorientation des autres. Et c’est d’autant plus interpellant lorsque l’on sait que l’analphabétisme touche environ 10% de la population adulte à Bruxelles.

Chaque personne souffrant d’une déficience intellectuelle est différente et présente des capacités et des difficultés propres. En fonction des individus, le handicap s’avère plus ou moins important et le degré d’autonomie de ces personnes est donc plus ou moins grand.

Au regard de notre expérience du 23 mai, nous avons pu approcher et circonscrire un certain nombre de difficultés : la compréhension de l’environnement immédiat ou élargi, la compréhension de concepts généraux et abstraits, le repérage dans l’espace et/ou dans le temps, l’appréciation de l’importance relative des informations mises à leur disposition, la compréhension des modes d’utilisation des appareillages, automates, et autres dispositifs mis à leur disposition. Par ailleurs, fixer son attention, mobiliser son énergie, lire et mémoriser les informations écrites ou orales ou encore s’adapter aux changements imprévus relèvent du parcours du combattant.

Face à ces difficultés de nombreuses solutions se proposent à nous, et plus spécifiquement à la STIB.

Pour illustrer mon propos, ces solutions relèvent, entre autre, d’une meilleure signalétique, composée de pictogrammes et/ou de logos « standardisés » et adaptés à leurs difficultés de lecture et de compréhension.

Aussi, associer l’information écrite utilisée pour indiquer un lieu ou une destination à un logo, un pictogramme ou une image représentant ce lieu (par exemple un logo représentant l’Atomium).

Le marquage et le fléchage au sol me semble très important pour leur permettre de circuler dans ces zones fortement fréquentées. Un marquage bien visible des traversées, avec contraste visuel et tactile et éclairage s’avère indispensable.

Nous avons pu constater également qu’à certains endroits de la rame l’information communiquée aux navetteurs était inaudibles.

Egalement, et pour finir, nous avons pu nous rendre compte que les automates étaient particulièrement compliqués d’utilisation (inadaptés, logiciel trop rapide, inutilisable pour les personnes illettrées ou présentant une carence, etc.).

Ces questions, j’ai déjà eu l’occasion de les aborder le 23 mai dernier lors du debriefing de la mise en situation avec les agents de la STIB chargés plus particulièrement des questions d’accessibilité, je vous communique une copie du dossier réalisé par l’asbl Inclusion pour illustrer cette expérience. Elle vous permettra, si ce n’est pas déjà le cas, de réaliser que ce qui parait une évidence pour nous ne l’est pas pour d’autres.

Monsieur le Ministre, je suis parfaitement conscient que l’on ne peut pas rendre le réseau accessible à tous du jour au lendemain, que certains problèmes décrits nécessitent des investissements très conséquents, échelonnés sur plusieurs années, et que certaines initiatives sont déjà prises. Il n’en demeure pas moins que certaines choses peuvent être réalisées beaucoup plus rapidement et à moindre coût. Je pense essentiellement aux questions liées à l’information et la communication. Il s’agit là plus d’une question d’organisation que de moyens.

Outre mes demandes liminaires concernant les avancées réalisées à la suite des problèmes abordés l’an dernier et donc le suivi des recommandations du CAWaB et d’UNIA, j’aimerais revenir ici sur plusieurs points :

  • L’an dernier, vous nous annonciez avancer sur certains dossiers comme un état des lieux de l’accessibilité du réseau, l’assistance/accompagnement dans le métro ou encore la formation des agents. Pourriez-vous me dire, Monsieur le Ministre, ce qui a été réalisé par la STIB depuis lors et quelles sont les réalisations à venir ?
  • Quant à l’information et à la communication, les acteurs de terrain demandent que le site internet de la STIB et l’application mobile diffusent une information correcte, fiable et mise à jour, notamment pour ce qui concerne les accès de chaque station et la disponibilité des ascenseurs, et, pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un smartphone, qu’une signalétique correcte, fiable et mise à jour relative aux accès de chaque station et à la disponibilité des ascenseurs, soit mise en place à l’entrée de chaque accès afin de diriger une PMR vers une entrée accessible. Est-ce que la STIB peut s’engager à assurer une telle information ?
  • Enfin, je reviens sur l’expérience que j’ai vécue, et je pense ici à tous les usagers de la STIB qui ne savent pas lire et qui sont désorientés. Je sais qu’il n’y a aujourd’hui pas grand-chose dans les cartons de la STIB pour améliorer leur situation dans les transports en commun. Or, à côté des grands aménagements physiques à réaliser pour l’accessibilité physique aux stations, aux métros, trams et bus, des plus petits aménagements pourraient être réalisés à plus brève échéance par améliorer la signalétique du réseau. Par exemple :
    • des lignes au sol de couleurs différentes pourraient accompagner les voyageurs vers leur métro ou tram en commençant par les plus grandes stations ;
    • par ailleurs, les sigles « M », « T » et « B » pour « Métro », « Tram » et « Bus » pourraient être remplacés par des pictogrammes. Cela existe pour le code de la route, pourquoi pas pour les transports publics ? Idem pour les terminus des lignes de métro, cela permettrait à ces personnes, arrivées au quai, de savoir dans quelle rame entrer…

En conclusion, Monsieur le Ministre, je ne m’attends pas à ce que vous m’apportiez aujourd’hui des réponses précises à toutes mes questions. Je vous demande néanmoins d’accorder une attention particulière aux différents problèmes décrits. Certains chantiers peuvent être rapidement lancés. L’information et la communication peuvent être rapidement améliorées. Je compte sur vous pour que les PMR puissent bénéficier très prochainement d’avancées concrètes.

Et afin de vous accompagner dans votre travail Monsieur le Ministre, vu le caractère non conflictuel de ce dossier, je propose que les membres de notre commission se réunissent en groupe de travail afin de rédiger une résolution mettant en avant les demandes du Parlement au Gouvernement et à la STIB pour améliorer l’accessibilité des transports publics aux personnes à mobilité réduite.

Je vous remercie.

Marc LOEWENSTEIN

Pour découvrir le compte rendu des débats, cliquez ici et choisissez la Commission de l’Infrastructure du 06/06/2016. Il est disponible quelques jours après la date du débat.

Source photo : Passe le message à ton voisin