La situation du personnel à Bruxelles Mobilité et le suivi du volet personnel du plan pluriannuel d’investissement sur les tunnels

Dans une interview, le directeur de Bruxelles Mobilité tire la sonnette d’alarme et demande 50 agents supplémentaires.

En parallèle, un audit sur le fonctionnement de Bruxelles Mobilité est en cours, un rapport sur les risques psychosociaux au niveau de sa direction a dû est livré, et le plan pluriannuel sur les tunnels bruxellois prévoit un plan de recrutement spécifique.

Demander 50 agents supplémentaires sans disposer des conclusions de l’audit commandé me semble prématuré.

Tout le monde est bien conscient qu’il y a un problème de personnel au sein de Bruxelles Mobilité. Son recrutement et son affectation sont cependant dépendants d’une réorganisation interne.

Interpellation de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois DéFI, à M. Pascal SMET, Ministre, chargé des Travaux publics, de la Mobilité et des Transports, et Mme Fadila LAANAN, Secrétaire d’Etat, chargée de la Propreté publique, de la Fonction publique, de la Recherche scientifique et des Infrastructures sportives communales.

Concerne : La situation du personnel à Bruxelles Mobilité et le suivi du volet personnel du plan pluriannuel d’investissement sur les tunnels

Bruxelles Mobilité semble devoir déployer ses énergies sur de nombreux fronts, et les chantiers ne manquent pas. Nous connaissons tous la problématique des tunnels. A cela vient s’ajouter l’exercice des nouvelles compétences issues des transferts de la 6ème Réforme de l’Etat. En prenant un peu de perspective, les deux thèmes ne sont pas si éloignés. Au gré des réformes, la Région bruxelloise a hérité de grandes infrastructures sans obtenir les moyens financiers et humains nécessaires et suffisants.

A la fin du mois de juillet, la presse a fait écho de la position du directeur général de Bruxelles Mobilité sur son administration. Ce dernier dénonce le manque de personnel et le dilemme auquel ses services sont confrontés : lancer tous les chantiers, tous les dossiers en sachant qu’ils ne pourront aboutir en temps et en heure, ou en sélectionner certains. Dans les deux cas, il y aura du mécontentement. La solution selon lui, elle a été traduite dans une note à l’attention du ministre, à savoir le recrutement de 50 agents supplémentaires.

Il vise non seulement les profils d’ingénieurs civils et mécaniques, mais aussi le besoin de recruter au sein d’autres services tels que les archives – en justifiant que, s’il n’y a pas assez de personnel pour les compulser, la compréhension des ouvrages est sujette à une analyse qui ralentit encore plus les travaux...

Enfin, le directeur général plaide pour un contrat de gestion et précise que l’audit en cours arrivera sans doute aux mêmes conclusions que lui.

Lors du premier semestre 2016, nous avons eu l’occasion d’aborder les problèmes que connaît Bruxelles Mobilité au sein de la commission spéciale sur les tunnels bruxellois.

Ainsi, le Parlement a constaté que, malgré certaines initiatives managériales, des questionnements subsistaient tant en ce qui concerne les capacités opérationnelles des ressources humaines à disposition de l’administration que la structure, l’organisation et la culture de gestion au sein de Bruxelles Mobilité.

La question du bien-être au travail des agents a également été pointée ainsi que la mise à disposition de personnel spécialisé en nombre suffisant.

Dans ses recommandations, le Parlement a demandé, sur la base d’un audit externe par la Cour des comptes ou un autre organisme qualifié, de réformer Bruxelles Mobilité et de l’accompagner afin de maintenir et de développer son expertise publique, en termes d’organisation et de gestion.

Il a également demandé d’examiner les possibilités de recrutement plus rapide de personnel compétent et de bien clarifier les rôles de chacun.

Plus précisément sur la question des risques psychosociaux, le directeur de Bruxelles Mobilité avait précisé à l’issue des travaux de la commission spéciale sur les tunnels que le rapport d’ARISTA évoqué par son prédécesseur et demandé par la commission ne concernait que la direction des taxis et donc pas nos travaux, raison pour laquelle rien n’avait alors été transmis aux commissaires. J’ai posé par la suite une question écrite qui m’a fait découvrir qu’un autre rapport d’ARISTA sur les risques psychosociaux existait bel et bien pour la direction générale de Bruxelles Mobilité. Même s’il n’était pas finalisé au moment où il a été demandé, il ne pouvait pas être ignoré. Il me paraît important que le Parlement soit informé de ses conclusions, j’en ai fait la demande écrite à la mi-juillet via le Président de notre Assemblée. A ce jour, j’attends toujours ce rapport.

Et si un audit est aujourd’hui en cours et que le directeur général de Bruxelles Mobilité ne doute pas – comme il le précise dans son interview – qu’il arrivera aux mêmes conclusions que lui, cette affirmation nous pousse à nous interroger sur la manière dont l’audit est mené ou a été commandé.

Demander 50 agents supplémentaires sans disposer des conclusions de l’audit commandé me semble prématuré. Tout le monde est bien conscient qu’il y a un problème de personnel au sein de Bruxelles Mobilité. Son recrutement et son affectation sont cependant dépendants d’une réorganisation interne.

Par ailleurs, si certaines voix s’élèvent et pressent le gouvernement d’agir, en invoquant notamment l’une des recommandations de la commission spéciale tunnels, ils doivent aussi avoir l’honnêteté de dire que, en attendant un recrutement en bonne et due forme de personnel qualifié et opérationnel, des ressources humaines ont déjà été mobilisées pour le dossier prioritaire des tunnels bruxellois, venant pour partie de la DITP et, pour l’autre, détachées d’EGIS.

Enfin, le Plan pluriannuel d’investissement pour les tunnels prévoit, outre le recrutement de personnel, l’assistance d’un pool de prestataires externes spécialisés « Assistance à Maîtrise d’Ouvrage » (compétent pour donner des conseils juridiques, techniques, pour les aspects urbanistiques, les autorisations administratives, les expertises mobilité, la communication, etc.), pool technique déjà recommandé par EGIS lors de la communication du Masterplan en 2013.

Lors de votre présentation du Plan pluriannuel d’investissements en avril dernier, Monsieur le Ministre, une évaluation précise du personnel à recruter et la création d’un pôle technique ont été confirmées et le principe approuvé par le gouvernement. Nous avions alors déclarés que nous serions attentifs à ce que ces moyens humains soient bien octroyés.

Disposer du personnel suffisant et d’un pôle technique est indispensable pour que les recommandations du Parlement et les objectifs du plan pluriannuel soient suivis d’effets, pour que le calendrier de suivi tunnel par tunnel soit respecté et pour que la surveillance soit effectivement assurée.

Compte tenu de ce qui précède, mon interpellation portera notamment sur les points suivants :

  • la réaction du gouvernement suite à cette sortie du directeur général de Bruxelles Mobilité,
  • l’état d’avancement de l’audit commandé pour la réorganisation de Bruxelles Mobilité,
  • l’opportunité de demander, en parallèle, un audit de Bruxelles Mobilité par la Cour des comptes,
  • les conclusions du rapport ARISTA sur les risques psychosociaux au sein de la direction générale de Bruxelles Mobilité,
  • l’état d’avancement du volet recrutement du personnel prévu dans le Plan pluriannuel d’investissement tunnels, et ce en parallèle du détachement temporaire actuel du personnel de la DITP et d’EGIS,
  • la mobilisation du pool de prestataires externes spécialisés « Assistance à Maîtrise d’Ouvrage » prévu dans le plan pluriannuel.

Marc LOEWENSTEIN


Pour découvrir le compte rendu des débats, cliquez ici et choisissez la Commission de l’Infrastructure du 10/10/2016. Il est disponible quelques jours après la date du débat.