La gestion et la coordination des chantiers à Bruxelles

La gestion des chantiers est à juste titre fortement décriée. Ces derniers sont nombreux, longs et génèrent des nuisances pour les usagers de la route, les riverains et les commerçants.

La Région va bientôt revoir son ordonnance chantiers et moderniser sa plateforme de coordination OSIRIS.

De notre côté, nous restons pas les bras croisés à critiquer mais faisons des propositions en terme d’élargissement des plages horaires des chantiers, d’amélioration de la communication et de fonctionnement de la coordination.

Interpellation de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois DéFI, à M. Pascal SMET, Ministre, chargé des Travaux publics, de la Mobilité et des Transports.

Concerne : La coordination des chantiers à Bruxelles

Le nombre de chantiers à Bruxelles est impressionnant. Une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par l’organe de presse Newsmonkey mentionnait début septembre une trentaine de chantiers à Bruxelles : chaussée de Waterloo (Saint-Gilles), boulevard Général Jacques, avenue de l’Orée, avenue Géo Bernier, chaussée d’Ixelles, rue du Page, avenue Franklin Roosevelt, chaussée de la Hulpe, rue de la Loi, Parc Léopold, rue Belliard, place Rogier, chaussée Romaine, avenue de l’Arbre Ballon, Allée verte, Porte de Ninove, square Marlow, chaussée de la Hulpe, boulevard de la Woluwe, avenue de l’Aviation, place Dumon, rue au Bois, ring de Bruxelles, tunnel Reyers, chaussée de Haecht, avenue de Jette, square du Centenaire, avenue Theo Verbeek, Porte de Hal, parvis de Saint-Gilles. On peut y ajouter le boulevard du Jardin Botanique, l’avenue de l’Exposition ou encore toute une série de plus petits chantiers communaux et d’impétrants.

Par ailleurs, plusieurs articles de presse ont fait état, dès le mois de décembre dernier, de fermetures programmées, pour travaux, de plusieurs tunnels bruxellois au courant de l’année 2018 et des nuisances majeures qui vont les accompagner.

D’une part, il y a le tunnel Léopold II – dont on a découvert qu’il devra, de surcroît, être désamianté – qui fera l’objet de rénovations sérieuses en 2018.

D’autre part, les tunnels menant et provenant de l’autoroute E40 seront eux aussi successivement fermés dans le courant de l’année 2018 pour procéder au remplacement des toitures. Le tunnel Reyers, par exemple, serait donc, si cela n’a pas changé depuis le dépôt de ma question, fermé à la circulation dès le 26 janvier dernier. L’impact prévu sur le trafic est tel qu’il est conseillé d’éviter le secteur tant que faire se peut durant la durée des travaux, c’est-à-dire, au minimum, un an ! Convenez que cette solution semble passablement impossible à mettre en œuvre pour les riverains, commerçants et les personnes travaillant dans ces secteurs.

Ces chantiers à venir s’ajouteront à l’ensemble des chantiers bruxellois déjà entamés, dont certains ont été évoqués en introduction de mon intervention.

Il est bien évident que la période des vacances d’été est la plus propice aux chantiers qui impactent le plus la mobilité. Il n’en demeure pas moins que ces chantiers dépassent les vacances d’été et posent la question de leur organisation et du rôle joué par la commission de coordination des chantiers.

Bien que le caractère nécessaire des travaux à effectuer puisse se justifier, je m’interroge, cependant, sur cet enchainement de travaux sans fin. Cet engorgement exponentiel de Bruxelles n’est pas neutre. Si une politique volontariste est nécessaire pour la rénovation des voiries bruxelloises – et parfois même prioritaires au vu des dangers pour la sécurité des usagers que certains tunnels représentent –, force est de constater que d’autres chantiers d’ampleur et particulièrement longs sont en cours et ce alors qu’il n’y avait pas d’urgence à leur réalisation.

A cet égard, j’ose espérer que le gouvernement prévoit dans la réalisation de ces politiques de chantiers publics des études d’impact précises et objectives quant à :

  • la qualité de vie des citoyens bruxellois, vu les nuisances sonores (et autres) inévitables liées à l’exécution des chantiers,
  • la qualité de l’air de la Région (vu les embouteillages à répétition). En 2017, l’OMS indiquait que « Sur le continent européen, le top 3 des villes les plus polluées regroupe Istanbul (Turquie) avec 33 µg/m³, Varsovie (Pologne) avec 26 µg/m³ et Budapest (Hongrie) avec 25 µg/m³. Bruxelles arrive à la 7ème position, suivie de près par Paris, avec toutes deux une moyenne de 18 µg/m³. »
  • la vie économique de la Région, notamment concernant le manque à gagner pour les entreprises ou les petits commerçants, le temps perdu en trajets pour rejoindre son lieu de travail,...

Enfin, il n’est pas tout de dire aux habitants bruxellois qu’ils doivent adopter d’autres comportements de mobilité, se tourner vers la multimodalité et préférer les modes de transports doux à la voiture pour désengorger leur ville. Les travaux dont nous parlons impliquent bien plus les centaines de milliers de navetteurs-automobilistes rejoignant Bruxelles tous les jours, que les Bruxellois eux-mêmes. Si nous ne pouvons pas toujours attendre que les autres régions s’accordent avec nous pour mener nos politiques, il devient, à un moment donné, incompréhensible pour les citoyens bruxellois que ce soient eux seuls qui paient et subissent les désagréments liés à la réalisation de ces chantiers.

En réponse à une question d’actualité du 14 juillet, vous répondiez notamment à la critique de l’absence de tenue chantiers 24h/24, 7j/7 par le fait que nous nous situons en milieu urbain et que nous devons tenir compte des nuisances que génèrent les chantiers pour les riverains directement impactés.

Cependant, ces chantiers sont longs et les voyants semblent indiquer que la période de travail quotidienne pourrait être prolongée au-delà de 16-17h. Ce qui pourrait raccourcir de facto leur durée.

Je ne suis pas de ceux qui ont la critique facile et suis conscient des difficultés liées à l’organisation des chantiers (acteurs multiples, interventions en urgence d’impétrants, environnement urbain, embouteillages même en l’absence de chantiers,…) mais force est de constater qu’ils sont particulièrement longs comparé à d’autres villes et que nous devrions pouvoir faire beaucoup mieux qu’aujourd’hui.

En matière de signalisation, des améliorations sont également nécessaires. Je pense notamment à l’exemple du chantier de la STIB au rond-point Churchill qui a créé quelques remous et perturbations ces derniers jours.

Prochainement, le Parlement va se pencher sur la modification de l’ordonnance relative aux chantiers en voirie. On devrait y aborder notamment votre projet d’hyper-coordination pour les gros chantiers et un volet concernant l’accompagnement des commerçants qui a été développé en collaboration avec votre collègue, ministre de l’Economie, Didier Gosuin.

Il faut saisir cette opportunité pour améliorer sérieusement la situation actuelle que ce soit en termes de gestion pure des chantiers et, bien sûr, de communication.

Compte tenu de ce qui précède, et à la suite aussi des auditions intéressantes de la Commission de coordination des chantiers, de la Confédération de la construction et de Brulocalis, j’aimerais vous poser différentes questions sur l’organisation, le fonctionnement interne et la coordination des chantiers.

  • Tout d’abord concernant les horaires de chantiers :
    • Quelle est la position du Gouvernement sur la fixation d’une norme d’organisation des chantiers pendant 15 heures par jours, de 7h à 22h, 6 jours sur 7 ?
    • Est-ce qu’une telle option est envisagée au-delà des situations exceptionnelles ?
    • Dans la négative, quelles sont les raisons qui l’empêchent ?
  • Concernant maintenant l’information au public :
    • Le Gouvernement prévoie-t-il, dans le cadre de l’amélioration de la plateforme Osiris, que les informations intéressantes pour le public (nature, durée, lieux des chantiers, des fermetures de voiries) lui soient accessibles via un site internet et une application mobile ?
    • Peut-on envisager que, à l’avenir, tous les impétrants soient contraints de communiquer – via un affichage spécifique et/ou des mentions supplémentaires sur les panneaux d’interdiction de stationner – des informations relatives aux chantiers ou, a minima, un lien permettant d’en prendre connaissance ?
  • Concernant la commission de coordination de chantier :
    • Quelles sont les pistes de solutions prévues pour améliorer son fonctionnement afin qu’elle remplisse de manière optimale son rôle de coordinateur ?
    • Composée aujourd’hui essentiellement de techniciens, ne serait-il pas nécessaire que, à l’avenir, son pilote soit politique avec la responsabilité qui lui incombe ?
    • Par ailleurs, lorsqu’on fait le point sur les chantiers en cours et à venir comme cela a été fait dans mon introduction, il serait intéressant de comprendre comment tout cela fonctionne de l’intérieur :
      • Assistez-vous personnellement et régulièrement à des réunions de la Commission de coordinations des chantiers ?
      • Votre cabinet assiste-t-il régulièrement à des réunions de la Commission de coordinations des chantiers ?
      • Avez-vous par ailleurs assisté aux réunions de concertations avec les habitants des quartiers principalement impactés par les travaux évoqués ?
  • Concernant maintenant l’évaluation de l’impact des grands chantiers multiples à Bruxelles :
    • La commission de coordination des chantiers a-t-elle été saisie de cette concurrence de chantiers majeurs ?
      • Si oui, quel est son avis sur les conséquences de ces chantiers pour la mobilité ? Pouvez-vous nous communiquer ledit avis s’il existe ?
      • Si non, ne serait-il pas opportun que celle-ci (ou toute autre instance habilitée) se penche sérieusement sur les répercussions de ces chantiers sur notre Région ?
    • A-t-on chiffré les pertes économiques potentielles liées à la tenue de l’ensemble de ces chantiers sur la Région bruxelloise en 2018 ?
    • A-t-on analysé et chiffré l’impact des travaux sur la qualité vie et sur la qualité de l’air à Bruxelles ?
    • Quelles sont les solutions prévues pour limiter l’impact des nuisances pour les Bruxellois ?
    • Si les autres gros chantiers déjà en cours à Bruxelles (tels que, par exemple, les chantiers rue de la Loi, avenue Franklin Roosevelt, Boulevard Général Jacques, etc.) ne sont pas arrivés à terme à la date prévue de démarrage des travaux dans ces tunnels, est-il prévu de différer l’exécution des travaux planifiés ?

Marc LOEWENSTEIN


Pour découvrir le compte rendu des débats, cliquez ici et choisissez la Commission de l’Infrastructure du 19/02/2018. Il est disponible quelques jours après la date du débat.