La lutte contre l’antisémitisme

Ces derniers jours, l’antisémitisme a été particulièrement violent en France qu’il s’agisse du portrait de Simone Veil vandalisé, de profanations de cimetières juifs, de l’agression contre Alain Finkelkraut, mais aussi des nombreuses vidéos qui circulent sur la toile et impliquant des gilets jaunes.

Et cet antisémitisme n’épargne pas la Belgique. A quelques jours de la clôture du rapport pour l’année 2018, nous recensons quelques 80 incidents antisémites, contre donc 35 en 2017.

Une nouvelle occasion pour interroger le Gouvernement, plus particulièrement ici le gouvernement francophone bruxellois, sur les actions menées à son niveau pour lutter contre l’antisémitisme.

Intervention de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois, dans l’interpellation sur l’Antisémitisme en Belgique
Séance plénière PFB – 22/2/2019

Madame la Ministre-Présidente,
Chère Collègue,

Si j’interviens aujourd’hui, c’est bien sûr en mon nom, mais également au nom de mon groupe, au nom de mon parti qui a toujours été très ferme pour lutter contre l’antisémitisme, pour lutter contre les extrémismes, pour défendre les libertés fondamentales et protéger les minorités quelles qu’elles soient, ce qui fut d’ailleurs l’une des raisons qui m’a poussé à m’investir en politique.

Je ne vais pas répéter ce qu’a dit ma collègue Viviane Teitelbaum mais voudrais néanmoins, avant d’aborder le cœur de mon intervention, la remercier d’avoir mis en avant l’analyse réalisée par le site internet Antisemitisme.be, site que je connais assez bien puisque je le gère avec le soutien de quelques bénévoles depuis plus de 15 ans. Et c’est l’occasion pour remercier tous ces travailleurs de l’ombre qui collectent, rédigent, traduisent les incidents antisémites perpétrés en Belgique, en font l’analyse chaque année dans un rapport, rapport annuel utilisé comme référence de l’antisémitisme en Belgique, notamment, par divers organismes belges, européens et internationaux.

Pour ce qui est de la lutte contre l’antisémitisme en Belgique, les partis politiques sont souvent au diapason pour condamner fermement les incidents antisémites graves qui ont visés les Juifs de Belgique. Et ce fut bien sûr le cas lors de l’attentat du Musée Juif le 24 mai 2014 où tous les responsables politiques étaient présents pour dénoncer ce qui venait de se produire, pour dire qu’il était inacceptable qu’une telle horreur arrive en Belgique et qu’il fallait tout mettre en œuvre pour que cela n’arrive plus.

Or, rien que quelques semaines plus tard, en juillet de la même année, en réaction à des évènements liés au conflit israélo-palestinien, des manifestations se sont tenues à Bruxelles, à Anvers, où certains criaient des « mort aux Juifs » en toute impunité !

Ceci pour dire que les belles déclarations et les bonnes intentions doivent laissés la place aux actions concrètes.

Il ne suffit pas de dénoncer pour que, automatiquement, l’appareil judiciaire et le soutien aux victimes soient renforcés, pour que les défis en matière d’éducation et de cohésion sociale soient rencontrés.

Des résolutions ont déjà été adoptées tant dans cet hémicycle qu’à La Chambre et au Sénat. Est-ce que la situation s’est améliorée aujourd’hui ? Vous connaissez la réponse. Est-ce que nous disposons d’une baguette magique pour faire disparaître l’antisémitisme ? Non, l’antisémitisme ne disparaîtra pas, mais notre structure étatique, nos lois permettent d’agir à plusieurs niveaux pour en atténuer les effets.

Certes des mesures ont été prises après l’attentat du Musée pour renforcer la protection physique des écoles juives, mouvements de jeunesse et autres bâtiments communautaires. Certes l’armée a été mobilisée pour mieux protéger la communauté juive. Cela a permis de diminuer la menace sur ces cibles statiques, mais cela ne solutionne pas pour autant le problème, cela ne diminue pas suffisamment l’inquiétude des parents pour leurs enfants et leur futur.

Ces derniers jours, l’antisémitisme a été particulièrement violent en France qu’il s’agisse du portrait de Simone Veil vandalisé, de profanations de cimetières juifs, de l’agression contre Alain Finkelkraut, mais aussi des nombreuses vidéos qui circulent sur la toile et impliquent des gilets jaunes.

Et cet antisémitisme n’épargne pas la Belgique, ma collègue a rappelé les chiffres et analyses du rapport annuel de 2017. A quelques jours de la clôture du rapport pour l’année 2018, nous recensons quelques 80 incidents antisémites, contre donc 35 en 2017.

Et ce qui est préoccupant en 2018, c’est que le nombre d’incident est au-dessus de la moyenne de ces 10 dernières années alors que, d’une part, 2018 n’a pas été marquée par des évènements au Proche Orient qui auraient sans doute fait augmenter le nombre d’incidents par l’effet de l’importation du conflit, d’autre part, les sites juifs comme les écoles, les synagogues et centres communautaires ont fait l’objet d’une surveillance renforcée par la police et l’armée, ce qui a permis de réduire les actes de vandalisme et agressions physiques ou verbales à l’encontre du public s’y rendant, enfin, on sent une plus grande lassitude de certains à porter plainte, plus particulièrement les juifs orthodoxes qui peuvent faire l’objet, parce qu’ils sont facilement reconnaissables, d’attaques et d’insultes plus fréquentes.

Et au-delà mêmes des statistiques et des chiffres, il n’est pas acceptable dans un Etat de droit comme la Belgique :

  • que des Juifs se sentent mal à l’aise et en insécurité lorsqu’ils se promènent en rue avec une kippa ou une étoile de David,
  • que des enfants juifs se fassent insulter, voir agresser parce que juif dans certaines écoles publiques ou privées. Il y a eu le cas médiatique d’Océane en 2011, mais il y en a beaucoup d’autres, avec des vies parfois brisées,
  • que sur les réseaux sociaux, l’on voit pulluler des propos antisémites et négationnistes en toute impunité,
  • que l’on se serve du mot antisionisme pour légitimer son antisémitisme.

L’antisémitisme et le négationnisme ne sont pas des opinions, mais des délits punissables par la loi, en l’occurrence la loi Moureaux de 1981 et la loi contre le négationnisme de la Shoa de 1995.

Et ce n’est pas aux victimes à devoir modifier leurs comportements mais à la justice à donner l’exemple en punissant fermement les comportements des auteurs d’actes antisémites.

Il serait par exemple bon de mettre enfin le paquet sur les réseaux sociaux qui créent énormément de dégâts auprès d’un public facilement influençable, que ce soit via des campagnes de déconstruction de publications antisémites et négationnistes, et plus généralement haineuses, qui pourraient par exemple être soutenues par la Cocof au travers des programmes de cohésion sociale, mais aussi par des poursuites pénales et des condamnations à faire connaître, et démontrer ainsi qu’il n’y a pas d’impunité pour les antisémites 2.0.

Pour en revenir aux compétences spécifiquement Cocof, si la lutte contre l’antisémitisme concerne tous les niveaux de pouvoirs, notre institution dispose de certains leviers, notamment au travers des politiques de cohésion sociale. Elles doivent servir à soutenir le monde associatif dans ses actions de terrains, dans la déconstruction des préjugés, dans les rencontres interreligieuses et interculturelles.

Notre déclaration de politique générale prévoit de lutter fermement contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie. Il me paraît donc utile de savoir, à quelques mois de la fin de la législature, quelles sont les actions qui ont été menées par votre Gouvernement pour lutter contre l’antisémitisme et quels sont les résultats enregistrés ?

Pour conclure, l’antisémitisme n’est pas le problème des juifs, c’est le problème de tous les démocrates… et, en particulier parce que nous rentrons à nouveau en campagne électorale, nous avons tous un devoir en tant que mandataires publics, que ce soit au niveau parlementaire ou communal, de ne pas céder aux arguments de campagne facile et sous la ceinture qui permettent de convaincre parfois plus rapidement en jouant sur la corde sensible, mais qui créent aussi des dégâts difficilement réparables. A nous tous donc de montrer l’exemple.

Je vous remercie.

Marc LOEWENSTEIN