Lutte contre l’antisémitisme et MRAX

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Déjà il y a quelques années, au sein du MRAX, certains souhaitaient supprimer le « A » pour « antisémitisme » de son acronyme… Aujourd’hui, même si la direction s’en défend, l’antisémitisme ne figure pas dans cette nouvelle campagne de com’ sur l’intersectionnalité et les discriminations. Le terme « antisémitisme » a été ajouté à l’affiche suite aux réactions !

Il est tout de même révoltant de devoir à chaque fois rappeler que l’antisémitisme est toujours bel et bien présent en Belgique et qu’il doit être combattu avec fermeté, sans complaisance pour ceux qui le véhiculent.

Question orale de M. Marc LOEWENSTEIN, Député bruxellois DéFI, à Mme Nawal BEN HAMOU, Secrétaire d’Etat, chargée du Logement et de l’Egalité des Chances.

Concerne : La campagne du MRAX sur l’intersectionnalité et les discriminations et l’oubli de l’antisémitisme

Madame la Secrétaire d’Etat,

Le 22 septembre dernier, j’ai eu l’occasion de prendre connaissance de la nouvelle campagne du MRAX sur l’intersectionnalité et les discriminations. Une fois de plus, la lutte contre l’antisémitisme est passé à la trappe. D’après le MRAX, il ne s’agissait pas d’un oubli mais lorsque la campagne fut lancée, il n’aurait reçu aucun témoignage de personne juive victime de discrimination. Dire déjà cela, c’est méconnaitre l’antisémitisme. Le racisme et l’antisémitisme ne se manifestent pas de la même manière : d’une part, la judaïté n’est pas visible et peu de juifs portent des signes convictionnels et d’autre part, les juifs ne sont pas tant discriminés que victimes de propos antisémites, violences, agressions, profanation de biens, etc.

Cette campagne du MRAX est une invisibilisation de plus de l’antisémitisme à Bruxelles. La directrice du MRAX a affirmé qu’une nouvelle fiche faisant cette fois mention de l’antisémitisme sera prochainement ajoutée à la campagne. Les affiches du MRAX ont quant à elles été modifiées avec l’ajout du terme “antisémitisme”. Soit.

Depuis de nombreuses années, le MRAX semble oublier que dans son acronyme, il y a le A, pour « antisémitisme ».

Pour rappel, le MRAX est né en 1966 et est devenu une asbl en 1975. Il a succédé au MRAP, dénommé à l’origine, en 1950, Union des Juifs contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix. Ce collectif fondé par un groupe d’anciens résistants organisait notamment des conférences-débats sur les questions liées au racisme et à l’antisémitisme.

Aujourd’hui, la dernière action du MRAX consacrée à l’antisémitisme, une visite et circuit reliant les pavés de la mémoire, date de novembre 2019, en collaboration avec le Musée Juif.

Au moment où cette question avait été déposée, fin septembre, nous avions déjà contacté le MRAX afin de savoir quelles étaient leurs actions spécifiques dans la lutte contre l’antisémitisme. Aucune réponse. C’était profondément interpellant. Dernièrement, nous avons appris que l’UEJB, l’Union des Etudiants Juifs de Belgique, avait contacté le MRAX pour organiser ensemble un colloque sur la place du juif dans la lutte antiraciste et concevoir un manuel de déconstruction des stéréotypes antisémites. Je vous dirai tant mieux, tout en regrettant qu’il soit dommage de devoir pousser le MRAX via des réactions médiatiques et l’accompagner ainsi pour qu’il se rappelle du A de son acronyme et de la nécessité d’agir aussi en la matière.

Vous m’informiez que dans le cadre du plan d’action régional de lutte contre le racisme et les discriminations, trois projets liés à l’antisémitisme avaient été retenus, dont un du MRAX, au travers de son concours « Ma plume contre le racisme » (édition 2019-20), qui consiste à proposer aux classes de 5ème secondaire des écoles de la Fédération un thème autour duquel les élèves sont encouragés à explorer les enjeux de la lutte contre le racisme. Le thème en question était le combat de Simone Veil. Sauf qu’en me renseignant, je me suis rendu compte que l’antisémitisme n’était pas du tout au centre de la réflexion. En effet, la citation à partir de laquelle les élèves étaient invités à produire un texte n’avait aucun rapport avec l’antisémitisme, je cite : « Et puis, autre chose me gêne dans ces droits de l’homme prétendument universels, c’est que, précisément, ils ne le sont pas. Il y a toujours deux poids, deux mesures ».

Nous avons de notre côté déjà contacté le MRAX afin de savoir quelles étaient leurs actions spécifiques dans la lutte contre l’antisémitisme. Aucune réponse. C’est profondément interpellant.

Et que l’on s’entende bien, mon propos n’est pas de demander que la lutte contre l’antisémitisme soit au centre de toutes les attentions. Il est qu’elle ait une place réelle dans nos politiques. Que lorsqu’une action est mise en avant comme un projet de lutte contre l’antisémitisme, il en soit réellement ainsi. Or, ce n’est pas le cas pour ce projet.

La lutte contre l’antisémitisme est trop souvent délaissée. L’antisémitisme est banalisé. Si mon groupe a récemment déposé un texte à la Fédération qui vise à apporter des pistes concrètes pour lutter contre l’antisémitisme au travers l’enseignement, je reste préoccupé de constater que, hormis quelques timides déclarations, l’antisémitisme est un sujet dont – mises à part des associations principalement juives – peu se soucient réellement. Les dernières déclarations fortes datent de mai 2014, lors de l’attentat au Musée juif. N’attendons pas une nouvelle catastrophe et mettons tout en œuvre pour l’éviter.

Je l’ai déjà dit, une lutte efficace contre le racisme et l’antisémitisme exige une reconnaissance mutuelle des souffrances pour permettre de construire une réelle solidarité, pas une concurrence entre luttes. Elle nécessite aussi des prises de position claires de la part des responsables politiques pour que cette mise au placard, cette banalisation cessent.

Mes questions sont donc les suivantes :

  1. Est-ce que la Région, qui soutient cette association avec Equal.brussels, cautionne le fait que le MRAX désinvestisse la lutte contre l’antisémitisme ? Quelle est votre position, votre réaction face à cette campagne du MRAX ?
  2. Lorsque je vous interroge sur cette question de l’antisémitisme, vous semblez être sensible au sujet mais, au-delà des réponses encourageantes à nos questions parlementaires, je n’en vois pas les effets concrets. Ce qui amène certains à douter de l’implication du Gouvernement dans cette cause. L’absence du terme « antisémitisme » dans notre déclaration de politique régionale – alors qu’il figure dans celle de la Cocof – le laisse également penser. Quelles mesures et positions prévoyez-vous de prendre pour confirmer l’attachement du gouvernement bruxellois à la lutte contre l’antisémitisme ?

Je vous remercie pour vos réponses.

Marc Loewenstein


Pour découvrir le compte rendu des débats, cliquez ici et choisissez la Commission Egalité des Chances du 9/11/2021. Il est disponible quelques jours après la date du débat.

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